Artiste sculpteur
née à Dijon en 1973
vit et travaille à Paris.

Les sculptures de Laetitia de BAZELAIRE / « Métamorphoses ou l'imaginaire du Mythe »

La fonction du mythe est de donner une signification au monde et à l'existence humaine.
Les mythes révèlent que le Monde, l'homme et la vie ont une origine et une histoire surnaturelles, et que cette histoire est significative, précieuse et exemplaire. « Vivre » les mythes implique une expérience vraiment « religieuse » puisqu'elle se distingue de l'expérience ordinaire, de la vie quotidienne.
La « religiosité » de cette expérience est due au fait qu'on réactualise des événements fabuleux, exaltants, significatifs, on assiste de nouveau aux oeuvres créatrice des êtres surnaturels .Il ne s'agit pas d'une commémoration des événements mythiques, mais de leur réitération.

Les personnes du Mythe sont rendues présentes, on devient leur contemporain. Cela implique que l'on ne vit plus dans le temps chronologique, mais dans le Temps primordial, le Temps où l'évènement a eu lieu pour la première fois. C'est pour cette raison qu'on peut parler du « temps fort » du mythe: c'est le temps prodigieux, « sacré », lorsque quelque chose de nouveau, de fort , de significatif s'est pleinement manifesté.«  envisagé dans ce qu'il a de vivant, le mythe n'est pas une explication destinée à satisfaire une curiosité scientifique, mais un récit qui fait revivre une réalité originelle, et qui répond à un profond besoin religieux, à des aspirations morales, à des contraintes et à des impératifs d'ordre social, et même à des exigences pratiques.
Dans les civilisations primitives, le mythe remplit une fonction indispensable: il exprime, rehausse et codifie les croyances; il sauvegarde les principes moraux et les impose; il garantit l'efficacité des cérémonies rituelles et offre des règles pratiques à l'usage de l'homme. Le mythe est donc un élément essentiel de la civilisation humaine; loin d'être une vaine affabulation, il est au contraire une réalité vivante, à laquelle on ne cesse de recourir; non point un théorie abstraite ou un déploiement d'images, mais une véritable codification de la religion primitive et de la sagesse pratique...Tous ces récits sont pour les indigènes l'expression d'une réalité originelle, plus grande et plus riche de sens que l'actuelle, et qui détermine la vie immédiate, les activités et les destinées de l'humanité. La connaissance que l'homme a de cette réalité lui révèle le sens des rites et des tâches d'ordre moral, en même temps que le mode selon lequel il doit les accomplir. »

Si le mythe n'est pas une création puérile et aberrante de l'humanité « primitive », mais l'expression d'un mode d'être dans le monde, que sont devenus les mythes dans les société moderne?
Ou, plus exactement , qu'est-ce qui a pris la place essentielle que le mythe détenait dans les sociétés traditionnelles?
Car, certaines « participations » aux mythes et aux symboles collectifs survivent encore dans le monde moderne, mais elles sont loin de remplir le rôle central que le mythe joue dans les sociétés traditionnelle: en comparaison de celle-ci, le monde moderne semble dépourvu de mythes.

On a même soutenu que les malaises et les crises des sociétés modernes s'expliquent justement par l'absence d'un mythe qui leur soit propre. Lorsque Jung intitulait un de ses livres L'homme à la découverte de son âme, il sous-entendait que le monde moderne- en crise depuis sa rupture des profondeurs avec le christianisme- est en quête d'un nouveau mythe, qui seul lui permettra de retrouver une nouvelle source spirituelle et lui rendra les forces créatrices.

En effet, au moins apparemment le monde moderne n'est pas riche en mythes, mais au niveau de l'expérience individuelle , le mythe n'a jamais complètement disparu: il se fait sentir dans les rêves, les fantaisies et les nostalgies de l'homme moderne, et l'énorme littérature psychologique nous a habitués à retrouver la grande et la petite mythologie dans l'activité inconsciente et semi-consciente de tout individu.

D'après Mircea Eliade , « Mythes, rêves et mystères », «  structure et fonction des Mythes »