Les
sculptures de Laetitia de BAZELAIRE / « Métamorphoses
ou l'imaginaire du Mythe »
La fonction du mythe est de donner une signification au monde
et à l'existence humaine.
Les mythes révèlent que le Monde, l'homme et la vie ont une origine
et une histoire surnaturelles, et que cette histoire est significative, précieuse
et exemplaire. « Vivre » les mythes implique une expérience
vraiment « religieuse » puisqu'elle se distingue de l'expérience
ordinaire, de la vie quotidienne.
La « religiosité » de cette expérience
est due au fait qu'on réactualise des événements fabuleux,
exaltants, significatifs, on assiste de nouveau aux oeuvres créatrice
des êtres surnaturels .Il ne s'agit pas d'une commémoration des événements
mythiques, mais de leur réitération.
Les personnes du Mythe sont rendues présentes, on devient
leur contemporain. Cela implique que l'on ne vit plus dans le
temps chronologique, mais dans le Temps primordial, le Temps
où l'évènement a eu lieu pour la première
fois. C'est pour cette raison qu'on peut parler du « temps
fort » du mythe: c'est le temps prodigieux, « sacré »,
lorsque quelque chose de nouveau, de fort , de significatif s'est
pleinement manifesté.« envisagé dans
ce qu'il a de vivant, le mythe n'est pas une explication destinée à satisfaire
une curiosité scientifique, mais un récit qui fait
revivre une réalité originelle, et qui répond à un
profond besoin religieux, à des aspirations morales, à des
contraintes et à des impératifs d'ordre social,
et même à des exigences pratiques.
Dans les civilisations primitives, le mythe remplit une fonction
indispensable: il exprime, rehausse et codifie les croyances;
il sauvegarde les principes moraux et les impose; il garantit
l'efficacité des cérémonies rituelles et
offre des règles pratiques à l'usage de l'homme.
Le mythe est donc un élément essentiel de la civilisation
humaine; loin d'être une vaine affabulation, il est au
contraire une réalité vivante, à laquelle
on ne cesse de recourir; non point un théorie abstraite
ou un déploiement d'images, mais une véritable
codification de la religion primitive et de la sagesse pratique...Tous
ces récits sont pour les indigènes l'expression
d'une réalité originelle, plus grande et plus riche
de sens que l'actuelle, et qui détermine la vie immédiate,
les activités et les destinées de l'humanité.
La connaissance que l'homme a de cette réalité lui
révèle le sens des rites et des tâches d'ordre
moral, en même temps que le mode selon lequel il doit les
accomplir. »
Si le mythe n'est pas une création puérile et
aberrante de l'humanité « primitive »,
mais l'expression d'un mode d'être dans le monde, que sont
devenus les mythes dans les société moderne?
Ou, plus exactement , qu'est-ce qui a pris la place essentielle
que le mythe détenait dans les sociétés
traditionnelles?
Car, certaines « participations » aux mythes
et aux symboles collectifs survivent encore dans le monde moderne,
mais elles sont loin de remplir le rôle central que le
mythe joue dans les sociétés traditionnelle: en
comparaison de celle-ci, le monde moderne semble dépourvu
de mythes.
On a même soutenu que les malaises et les crises des sociétés
modernes s'expliquent justement par l'absence d'un mythe qui
leur soit propre. Lorsque Jung intitulait un de ses livres L'homme à la
découverte de son âme, il sous-entendait que le
monde moderne- en crise depuis sa rupture des profondeurs avec
le christianisme- est en quête d'un nouveau mythe, qui
seul lui permettra de retrouver une nouvelle source spirituelle
et lui rendra les forces créatrices.
En effet, au moins apparemment le monde moderne n'est pas riche
en mythes, mais au niveau de l'expérience individuelle
, le mythe n'a jamais complètement disparu: il se fait
sentir dans les rêves, les fantaisies et les nostalgies
de l'homme moderne, et l'énorme littérature psychologique
nous a habitués à retrouver la grande et la petite
mythologie dans l'activité inconsciente et semi-consciente
de tout individu.
D'après Mircea Eliade , « Mythes, rêves
et mystères », « structure et fonction
des Mythes » |